Avant-propos

Ce livre est l’histoire de deux compatriotes cyclistes au destin lié. En 2012 et 2013, ces deux Britanniques remportèrent successivement le Tour de France, une première dans l’histoire vélocipédique. Les deux appartenaient de surcroît à la même équipe. Le premier des deux eut d’abord l’autre pour dauphin, lequel s’affranchit de lui l’année suivante pour devenir premier à son tour, sans pour autant que le premier ne fût cette fois son second ni son deuxième. C’est-à-dire que le deuxième fut d’abord au service du premier, bien qu’il mourût d’envie d’être premier à sa place. Puis, le premier, qui vit d’un très mauvais œil les petits mouvements de mutinerie que le deuxième fit passer la première année pour de benoîts accès de puissance, voulut être premier une deuxième fois, malgré sa promesse de l’aider à devenir premier à son tour la deuxième année, quitte à devenir deuxième lui-même. Aussi revint-il sur son serment mais finalement pas sur le Tour, et ne fut ni premier ni deuxième ni rien du tout, alors que le deuxième des deux fut bien premier après avoir été deuxième.

 

Les deux feignaient au début d’être bons camarades, mais les apparences ne trompèrent pas longtemps. Du reste, le premier, de nature un peu badine, se montrait volontiers caustique et goguenard sous ses rouflaquettes tirant sur le roux, et maniait joliment l’humour british. Plus sobre, le deuxième semblait lisse et toujours égal, arborant des airs presque enfantins, usant poliment d’un langage aussi laqué que ses joues pouponnes. Il arrivait au premier de jeter des jurons quand le deuxième se cachait derrière un sourire mi-gentil, mi-gêné. Le premier était fort estimé des sujets de Sa Majesté. Le deuxième en revanche n’était pas un sujet de bavardage en son royaume pour n’en être sujet que depuis peu.

 

Le premier réprima sa nature fantasque, enfila sa blouse et s’immergea dans des calculs, des courbes et des programmes pour accomplir ses desseins. Quatre ans passèrent avant qu’il n’atteignît l’aboutissement de son plan, puis il plongea dans une profonde mélancolie. Le deuxième s’adapta fort bien à ces méthodes austères, prit le dessus en un rien de temps sans jamais varier dans ses attitudes de garçon bien élevé, demeurant égal à lui-même en bon gentleman. Il s’appliqua à ne point imiter le premier, pour ne pas risquer d’être pris pour la copie d’un original, et voulut faire un meilleur premier. Il fut premier là où même le premier ne le fut pas, aux sommets des montagnes. Il en battit des bons, qui furent premiers en leur temps, dont un qui le fut deux fois naguère, ou trois selon les approches, un qui le fut une fois, mais que le premier battit aussi l’année d’avant, un autre qui le fut une fois ou pas du tout, toujours selon ces approches. Il prit pour dauphin un beau petit deuxième de Colombie que des prophètes ne seraient pas surpris de voir premier un jour. Dans cette entreprise, il jouit des services d’un brillant second, ou plutôt d’un bras droit exemplaire (ou devrait-on dire une jambe droite ?), qui connut la première année le privilège de seconder aussi le premier - et le deuxième du même coup - et qu’on imagina même un moment pouvoir terminer cette fois deuxième derrière son patron.

 

En bref…

 

Ce livre relate l’étrange cas du Dr Wiggins et de Mr Froome.