I. Duel à Peña Cabarga

1. Wiggins pour une session de rattrapage

Les deux premières semaines n’avaient pas suffi, en effet, à départager les six meilleurs au classement général. Bradley Wiggins, Vincenzo Nibali, Christopher Froome, Fredrik Kessiakoff, Jakob Fuglsang et Bauke Mollema se tenaient encore en 36’’ au matin de la quatorzième étape, qui menait le peloton d’Astorga au pic de La Farrapona, à l’occasion de la deuxième arrivée en altitude. Si Wiggins avait reporté ses ambitions sur cette Vuelta dont il tenait alors le commandement, c’est qu’il avait détruit ses aspirations de l’année dans une maudite portion de plaine de la septième étape du Tour de France, entre Le Mans et Châteauroux. Il s’y était brisé la clavicule, revêtu du maillot tout récent de Champion de Grande-Bretagne, abandonnant là le rêve, qu’il concevait depuis deux ans, de remporter la plus prestigieuse des courses cyclistes. Sans un cri, sans un mot, presque sans grimace, il avait vu s’effondrer plus que l’objectif d’une année, peut-être le plan qui conduisait désormais toute la logique de sa carrière. Pourtant, de tous les outsiders, Wiggins était alors regardé comme le plus énigmatique et peut-être le moins fiable, parce que son passé sur la route – et a fiortori sur le Tour – n’encourageait pas les non-initiés à examiner sérieusement ses prétentions. Par manque de repères et de garanties, en dépit de sa préparation intensive et pour ainsi dire extrême, et malgré sa victoire de prestige au Critérium du Dauphiné, certains, beaucoup peut-être, avaient négligé sa candidature au Maillot jaune. Aussi n’avait-on pas fait grand cas de son abandon. Il serait considéré d’une tout autre manière, en revanche, à l’approche du Tour 2012, après un début de saison gargantuesque.

 

Revenu en force sur ce Tour d’Espagne, Wiggins avait à contrer les ambitions du vainqueur sortant, Vincenzo Nibali (Liquigas-Cannondale). Les deux premières semaines de course avaient éliminé de la course au podium des outsiders ou favoris potentiels tels qu’Igor Anton (Euskaltel-Euskadi), Carlos Sastre (Geox-TMC), Michele Scarponi (Lampre-ISD), Vladimir Karpets (Katioucha), Rein Taaramäe (Cofidis) ou Andreas Klöden (RadioShack). D’autres se tenaient dans des classements inconfortables mais pas désespérés en vue d’une place d’honneur, comme Jurgen Van den Broeck (Omega Pharma – Lotto), Denis Menchov (Geox-TMC) ou Joaquim Rodríguez (Katioucha), grand perdant du contre-la-montre de Salamanque. Malgré ses presque trois minutes de débours au matin de la quatorzième étape, Rodríguez retenait l’attention pour avoir déjà remporté deux étapes difficiles et pour être considéré comme l’un des rares protagonistes aptes à renverser la situation.

 

Wiggins avait trois grosses étapes de montagne devant lui, avant l’arrivée à Madrid, pour confirmer et consolider le trop mince avantage dont il disposait sur Nibali, mais aussi sur Kessiakoff, Fuglsang et Mollema, Froome ne pouvant être regardé comme un danger mais au contraire comme son meilleur équipier. Les deux hommes étaient inséparables depuis le grand départ de Benidorm. Froome, cet inconnu, avait même porté le Maillot rouge de leader à l’issue du seul contre-la-montre individuel de l’épreuve, long de 47 kilomètres, dont il s’était classé 2ème à 59’’ du spécialiste Tony Martin, 23’’ devant son leader Wiggins. Lequel avait rétabli la situation à son avantage dès le lendemain, prenant donc la première place du classement général, et en espérant ne plus la quitter.