I. Duel à Peña Cabarga

3. La fièvre monte

Les derniers espoirs de Froome et Wiggins étaient à placer dans la dix-septième étape, soit la dernière occasion montagneuse assez sérieuse pour envisager de reprendre la main, pour l’un ou l’autre des deux Britanniques. Cette arrivée au sommet à Peña Cabarga confirma la supériorité de Froome sur Wiggins et donna lieu à un duel extraordinaire, entre Cobo et lui, qu’il est permis de ranger parmi les plus intenses, les plus sensationnels, les plus vibrants que le cyclisme international eut à proposer ces dernières années. Ce mano a mano paroxystique se concentra sur les mille cinq cents derniers mètres de cette ultime ascension du jour, où Froome porta sur son rival cantabre une attaque particulièrement violente de nature à le déstabiliser. Le peloton de tête ne comportait alors plus guère qu’une quinzaine d’hommes tels que Denis Menchov, mué en équipier de luxe pour Cobo, Bauke Mollema, Daniel Martin, Igor Antón, Mikel Nieve, Marzio Bruseghin, Jurgen Van den Broeck, Beñat Intxausti, Daniel Moreno, Bradley Wiggins, Juan José Cobo et Christopher Froome. Ces deux derniers s’en arrachèrent définitivement pour se livrer à un duel enfiévré qui fit la preuve que non seulement Froome n’était disposé à ne rien concéder, mais qu’il était déterminé à orchestrer le renversement de Cobo, fût-ce au prix d’un effort apnéique relevant du presque surnaturel. Il donna du reste un aperçu de ses aptitudes de grimpeur spécialement développées mais ignorées jusqu’alors de la presse et des spectateurs, et de sa capacité à déployer des cadences de pédalage étourdissantes. Les deux adversaires, que personne n’avait imaginés à ce niveau quelques jours plus tôt, se poursuivirent dans un sprint d’un kilomètre, qui laissa d’abord à l’Anglais un avantage apparemment rédhibitoire pour un Cobo collé sur sa selle, avant de relancer ce dernier sur les talons de Froome au prix d’une remontée acharnée. Froome qui ne l’avait pas vu revenir si près se laissa déborder par Cobo dans les derniers mètres, ce qui avait semblé impossible quinze secondes auparavant. Ce retournement de situation allait offrir un profit supplémentaire en bonificiations à l’Espagnol endiablé, mais l’ultime virage propulsa Froome sur la ligne d’arrivée une seconde devant lui dans un dernier effort d’une violence immodérée. Effondré, à bout de souffle, Cobo laissait à Froome huit secondes de bonifications et une seconde au sommet, ce qui réduisait son avance à 13’’ au classement général.