II. Wiggins ou le pistard reconverti

1. De la piste aux cimes

Dans ce Tour 2009, remporté pour la deuxième fois par Alberto Contador, devant Andy Schleck et Lance Armstrong, lequel était revenu de sa retraite sportive après trois années complètes d’absence, Wiggins avait exprimé son talent reconnu pour le contre-la-montre en se classant troisième dès le premier jour dans le chrono de 15,5 kilomètres à Monaco, derrière Fabian Cancellara et Contador, puis sixième du contre-la-montre d’Annecy à 43’’ de Contador, en dernière semaine. Entre ces deux prestations, il avait couru avec les meilleurs en montagne, se classant douzième dès la première arrivée en altitude, en Andorre, dans le groupe d’Evans et Armstrong, cinquième à Verbier où Contador avait affirmé sa domination, puis septième au Grand Bornand. La veille de l’arrivée à Paris, il était arrivé dixième au sommet du mont Ventoux, échouant ainsi à monter sur le podium pour une quarantaine de secondes, mais confirmant sa révélation.

 

Cette constance doublée d’une polyvalence inattendue avaient produit une performance que personne n’avait vu venir. Les journalistes s’étaient penchés sur la question de ce pistard qui accédait subitement aux hautes sphères des coureurs à étapes et qui avouait avoir réorganisé sa préparation à cette fin. Il attribuait à une importante perte de poids ses nouvelles aptitudes à la haute montagne et, se prenant au jeu, déclarait non seulement confirmer cette progression mais surtout la parfaire en atteignant la victoire. Un défi particulièrement étonnant pour un coueur réputé exclusivement expert du contre-la-montre et de la poursuite sur piste. Les autres exemples venus de la piste laissaient l’image d’une certaine forme d’incompatibilité avec l’exercice du cyclisme en montagne. À ce titre, l’exemple de Chris Boardman, dans les années 1990, avait semblé théoriser l’impossibilité pour un champion de la piste de développer de telles aptitudes.

 

Autant dire que cette soudaine révélation à un tel niveau du Tour en avait intrigué plus d’un, mais le soufflé était doucement redescendu, faute de confirmation rapide. Wiggins était revenu à des compétences plus prévisibles, celles du contre-la-montre, et la chronique cycliste l’avait rendu à un certain anonymat.