II. Wiggins ou le pistard reconverti

4. L'ambition déçue

La première preuve solide que Wiggins avait apportée de sa capacité à briller et à gagner sur les courses à étapes, depuis 2009, était le Critérium du Dauphiné 2011, qu’il avait remporté en juin, signant son tout premier succès dans une épreuve de cette dimension. Il avait construit sa large victoire sur les 42,5 kilomètres du contre-la-montre de Grenoble, tracé à l’identique de celui du Tour de France à venir. Seulement battu de 11’’ par Tony Martin toujours, il avait roulé 1’09’’ de moins que Cadel Evans, son dauphin au classement général. Il n’avait plus eu qu’à défendre sa position au Collet d’Allevard et à La Touissure, en démontrant ainsi que, s’il n’était certes pas un pur grimpeur, il avait néanmoins développé les capacités nécessaires pour suivre les meilleurs en montagne. Ce premier succès de grande envergure l’avait replacé dans le panorama cycliste et avait ravivé le souvenir de ce Tour 2009 qui avait été le théâtre de sa révélation. Sa saison 2010 ratée pouvait donc être réexaminée à la lumière de ces nouvelles données et l’on pouvait la considérer, rétrospectivement, comme un accident de carrière plutôt que comme un retour à une humble condition ordinaire. Wiggins était un homme sur lequel il allait falloir peut-être compter. Cette victoire au Dauphiné avait indiscutablement relégitimé sa candidature pour le podium du Tour. Aussi redisait-on son nom parmi les outsiders voire parmi les favoris. Mais de tous, il demeurait le plus incertain et le grand public persistait à négliger la possibilité de le voir s’inviter dans les débats.

 

Malheureusement sa chute dans la septième étape du Tour, entre Le Mans et Châteauroux, avait empêché de résoudre cette énigme et de mesurer ses facultés réelles. Cette clavicule brisée l’avait renvoyé à ses illusions et le Tour avait continué sa route, s’offrant à l’Australien Cadel Evans, le plus vieux vainqueur de l’après-guerre et le troisième plus âgé de l’histoire[1].



[1]Après Firmin Lambot et Henri Pélissier.