III. 2012, année Wiggins

1. Le quintuplé magique

Sur le plan des résultats, le programme de la Sky se déroula en effet à la perfection en cette saison 2012, privée d’Alberto Contador, le plus grand spécialiste des courses à étapes de ces dernières années. En février, l’Espagnol avait été écarté du cyclisme pour deux ans à titre rétroactif pour les traces de clembutérol retrouvées dans ses urines lors du Tour 2010. Au terme d’une inextricable procédure, de report en report, et d’appel en appel, l’Union Cycliste Internationale (U.C.I.) avait prononcé une suspension qui courrait jusqu’au 6 août 2012, et invalidé subséquemment tous les résultats obtenus par Contador depuis juillet 2010[1].

 

Quand il donna le coup d’envoi des Jeux de Londres, Bradley Wiggins avait donc redessiné la physionomie du cyclisme et y avait imposé sa personnalité avec un flegme frappant. La domination qu’il se mit à exercer sur le calendrier à partir du mois de mars, avec le concours d’une Sky hégémonique, était de nature à geler les prétentions des meilleurs spécialistes mondiaux. Pareille omniprésence, doublée d’une apparente toute-puissance, ne s’était peut-être plus vue depuis Bernard Hinault. Il remporta Paris-Nice, le Tour de Romandie, le Critérium du Dauphiné puis le Tour de France, aboutissement de ses aspirations. Il allait encore décrocher la médaille d’or de la course olympique du contre-la-montre, cinq jours plus tard. Un quintuplé de victoires étourdissant sur le papier. Wiggins effectuait la marche parfaite. Mais contrairement à Hinault, Fignon ou Merckx, il réglait cette omniprésence au sommet des classements du calendrier en opérant exclusivement ses frappes sur les contre-la-montre et en adoptant une position uniquement défensive en montagne. Il en  résultait auprès du public une sensation de froide domination dépourvue d’héroïsme. Depuis Paris-Nice, il accompagnait ses succès d’une impression d’autorité gestionnaire et calculatrice, dénuée d’un certain panache, mais favorisée par son tempérament sportif qui l’encourageait à ne pas forcer sa nature dans les hautes altitudes. Avant lui, Miguel Indurain avait fait l’objet des mêmes admonestations.



[1]Notamment la victoire du Tour 2010 et du Giro 2011.