III. 2012, année Wiggins

2. Wiggins se met à l'Eze

C’est donc à Paris-Nice que Wiggins commença de rebattre les cartes du cyclisme mondial, en cette année 2012. Il y remporta la huitième et dernière étape, courue en contre-la-montre sur le col d’Èze et y valida le Maillot jaune qu’il portait déjà depuis le deuxième jour. Comme si ces 9,6 kilomètres en pente douce (4,7 % de dénivelé moyen) avaient été conçus pour lui et pour son plateau ovale amené à devenir célèbre, Wiggins engloutit l’épreuve sans avoir à s’inquiéter. La seule opposition crédible et solide lui vint de Lieuwe Westra, vainqueur surprise de l’étape de Mende et deuxième du classement général le matin à 6’’. Bon rouleur de son état, le Néerlandais de l’équipe Vacansoleil-DCM se permit de terminer deuxième de l’étape à seulement 2’’. Derrière, Jean-Christophe Péraud se plaça troisième à 33’’, un gouffre pour une épreuve si courte.

 

Confirmation fut ainsi faite, s’il le fallait, de ce qu’avait auguré le Tour d’Espagne 2011, à savoir que sa troisième place derrière Cobo et Froome avait relancé Wiggins à la conquête des plus grandes courses à étapes. C’est donc bien son année blanche 2010 et non pas sa performance étonnante du Tour de France 2009 qui avait constitué l’anomalie de sa carrière, pouvait-il argumenter. Dès lors, Wiggins se repositionna en valeur sûre du cyclisme international. Pour gagner ce Paris-Nice, dont il mesurait parfaitement la valeur, il lui fallut courir avec les meilleurs au Lac de Vassivière[1] et à Mende[2]. Il fit surtout preuve d’intelligence et de vigilance en profitant du coup de bordure de la deuxième étape entre Mantes-la-Jolie et Orléans[3], qui ne sélectionna que vingt et un coureurs en tête, parmi lesquels Alejandro Valverde et Levi Leipheimer, ses principaux rivaux. C’est à cette ocassion qu’il prit le Maillot jaune au rouleur suédois Gustav Larsson, vainqueur la veille de la première étape, puis piégé par la bordure. Et s’il manqua la victoire dès le premier jour à Saint-Rémy-lès-Chevreuse, pour une seule seconde, dans le contre-la-montre de 9,4 kilomètres, c’est probablement à cause de la pluie qu’il subit et qu’évita justement Larsson, parti en début d’après-midi. Mais au final, ce sont donc bien les kilomètres contre la montre, du premier puis du dernier jour, qui modelèrent sa victoire, soutenue par sa capacité à surmonter les obstacles bosselés.

 

Wiggins ne méconnaît pas la culture et l’histoire du cyclisme ni l’importance des courses françaises d’une semaine, telles que Paris-Nice ou le Critérium du Dauphiné, dont il sait qu’elles ont souvent constitué une rampe de lancement, un terrain d’entraînement ou un lieu de révélation pour les vainqueurs du Tour de France. Récemment, Alberto Contador s’est imposé deux fois à Paris-Nice avant de remporter le Tour la même année[4]. Plus loin dans le temps, Louison Bobet, Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Joop Zoetemelk, Stephen Roche, Miguel Indurain, tous vainqueurs du Tour de France, ont aussi inscrit leur nom au palmarès de la « Course au soleil ».



[1]Tout juste rentré d’une suspension de deux ans pour son implication dans l’affaire Puerto, Alejandro Valverde remporta cette étape.

[2]Lieuwe Wastre y gagna avec 6’’ d’avance sur Valverde, Wiggins, Leipheimer et Špilak.

[3]Tom Boonen a remporté le sprint à Orléans.

[4]En 2007 et 2010, mais la victoire du Tour 2010 lui a été retirée le 6 février 2012 après une interminable procédure, pour un contrôle positif au clembutérol. C’est Andy Schleck qui a bénéficié de cette disqualification. En 2006, Floyd Landis a été dans la même situation : vainqueur de Paris-Nice puis du Tour de France, il a été disqualifié du Tour pour dopage.