III. 2012, année Wiggins

6. Les tireurs d'élite de l'équipe Sky

Mais avec son retour en force à l’occasion du Dauphiné, Froome gagna sa place pour le Tour de France, dans la garde rapprochée de « Wiggo » l’invincible, plus que jamais favori contre Evans et le reste du monde. Sous l’égide du directeur sportif Sean Yates, ancien porteur du Maillot jaune[1], le manager général Dave Brailsford et l’entraîneur australien Shane Sutton réunirent une équipe à donner des sueurs. Autour de Wiggins seraient alignés les deux Australiens Richie Porte, 27 ans, et Michael Rogers, 32 ans, tous deux rodés aux courses à étapes, excellents rouleurs et très efficaces sur tous terrains, le Norvégien surdoué Edvald Boasson Hagen, 25 ans, polyvalent, qui s’adapte à tous types de parcours et d’efforts, le Biélorusse Kanstantine Sioutsou, 29 ans, qui offre un beau rendement sur les épreuves longues, l’Allemand Christian Knees, 31 ans, ex-Champion d’Allemagne, et Christopher Froome.

 

Une anomalie cependant semblait se glisser dans cet effectif de rêve : le Champion du monde Mark Cavendish, débauché de l’équipe HTC-Highroad fin 2011, était dans la liste. Comment faire autrement ? Cavendish est l’un des plus grands sprinteur au monde, sinon le plus grand encore à cette époque, figure incontournable du Tour, dont il était le Maillot vert sortant, et où il fait chaque année sa moisson d’étapes depuis 2008. Tout cela faisait de Cavendish un équipier spécialement différent des autres, habitué à être dorloté dans les étapes de plaine et à voir son équipe se mettre en quatre pour lui emmener le sprint. Cette fois, l’équipe Sky aurait d’autres chats à fouetter. Il était peu recommandé de se disperser et de gaspiller l’énergie collective qui devait être tout entière consacrée à Wiggins. Aussi Cavendish était-il engagé sur le Tour en qualité d’équipier, au même titre que les autres, et de sprinteur libre. À lui de se débrouiller comme il pourrait dans les arrivées massives. Et de participer par ailleurs à l’effort de guerre. Mais le bad boy du sprint était-il capable de se comporter en domestique et de mettre sa main à la pâte sur des terrains qu’il abhorre ? Il pouvait se dire ici et là que l’équipe Sky avait pris un risque en recrutant le fantasque « Man of Man » pour l’année 2012. D’autant plus qu’il avait emmené un autre sprinteur dans ses bagages, venu avec lui de HTC-High Road, l’Autrichien Bernhard Eisel, 31 ans, qui n’est pas ce qu’on a vu de plus relaxé dans les côtes. Une stratégie discutable quand on affiche l’ambition de remporter le Tour. L’impression courait que Wiggins disposait de six équipiers au lieu de huit. Impression bientôt passée à la broyeuse de l’irrésistible Sky, sans discussion possible, équipe de destruction  massive.



[1]En 1994. à ce titre, il est l’un des seuls Britanniques à avoir porté le Maillot jaune. Yates a également remporté une étape du Tour en 1988.