IX. La Sublime Dévastation

1. Froome sur tous les terrains

L’année précédente, Wiggins avait frappé dans les deux contre-la-montre pour s’assurer une avance qu’il n’avait plus eu qu’à défendre en montagne. Le Tour 2013 ne proposait que 65 kilomètres cumulés de contre-la-montre individuel, soit les deux tiers de la distance au menu de 2012, et 25 kilomètres en équipes. Les 65 kilomètres individuels étaient subdivisés en deux étapes de distance équivalente, dont l’une, toute plate d’Avranches à la baie du Mont-Saint-Michel, était l’exacte contrepartie à l’embrunaise, spécialement difficile avec les côtes de Puy-Sanières et de Réallon. De quoi répartir les gourmandises entre les rouleurs et les grimpeurs. Quant aux étapes en ligne, avec quatre difficiles arrivées au sommet, à Ax-Trois-Domaines, au mont Ventoux, à l’Alpe d’Huez, gravie deux fois dans la journée, et au Semnoz, elles étaient de nature à favoriser le tempérament de Froome, tout disposé à y manifester le panache qu’on avait reproché à Wiggins de garder en réserve.  Parce qu’il était le centième au tableau de l’épreuve[1], le Tour de France 2013 se voulait festif, esthétique et remarquable, avec en outre un grand départ totalement inédit de Corse, la seule région de France métropolitaine encore jamais visitée par le Tour, et un parcours tracé intégralement sur le territoire français, une première depuis 1988.

 

Christopher Froome s’accommoda à merveille du tracé de ce Tour-anniversaire et opéra quatre frappes, précises, rigoureuses, imparables. À trois reprises, il gagna l’étape de surcroît, à Ax-Trois-Domaines, au mont Ventoux, à Chorges - le quatrième lieu de la Sublime Dévastation étant le Mont-Saint-Michel. Avec ces quatre étapes, deux contre-la-montre et deux arrivées en altitude, il fit la démonstration de sa supériorité et fit savoir que, non content d’être polyvalent, il gagnait où il voulait. Si Richie Porte se comporta en équipier fidèle, Froome n’eut jamais à souffrir de la moindre concurrence de sa part comme il avait pu, lui-même, mettre Wiggins à l’épreuve. Quant aux adversaires attitrés, bien qu’entreprenants, à l’image du jeune Colombien Nairo Quintana, révélé au plus niveau, ils furent inaptes au retournement de situation. Intraitable dans les Pyrénées, Froome mit ses rivaux à genoux au Mont-Saint-Michel avant de les supplicier au mont Ventoux.



[1]Créé en 1903, le Tour fêtait en 2013 ses 110 ans mais sa 100ème édition. Onze Tours n’ont pu se courir, en raison des deux Guerres mondiales, de 1915 à 1918 inclus, puis de 1940 à 1946 inclus.