IX. La Sublime Dévastation

5. La ténacité de Valverde

Au soir de la douzième étape, à Tours, soit juste avant le « coup » de Saint-Amand-Montrond, Alejandro Valverde pointait encore à la deuxième place du classement général, à 3’25’’ de Froome. Troisième à Ax-Trois-Domaines, il s’était classé treizième du contre-la-montre du Mont-Saint-Michel devant tous les rivaux du Britannique, à l’exception de Bauke Mollema[1]. Les dix minutes perdues par la faute de cette concommittance pernicieuse qui le fit crever en même temps qu’une bordure fut provoquée anéantirent totalement ses possibilités de podium et ses chances de victoire. Revenu en très grande forme au début de l’année 2012 d’une suspension de deux ans[2], le vainqueur du Tour d’Espagne 2009 n’avait cependant pas acquis le niveau nécessaire pour disputer le classement général du Tour qu’avait remporté Wiggins. Il y était cependant monté en puissance, remportant même la dernière étape de montagne, à Peyragudes dans les Pyrénées, talonné par un Froome qui trépignait, avide d’étaler sa force sous le nez de Wiggins. Après cela, il avait atteint la forme idéale pour concourir à la victoire du Tour d’Espagne, où il s’était cassé les dents sur les mollets de Contador après avoir longtemps traqué Rodríguez.

 

Après un printemps 2013 de haute tenue à la fois sur le terrain des classiques que sur celui des courses à étapes[3], il était arrivé sur ce Tour avec l’ambition avouée de courir pour les premières places. La poursuite perdue de Saint-Amant-Montrond constitua un sacré gâchis pour le Murcian de 33 ans, qui fut l’un des trois adversaires les plus réguliers et les plus fiables de Froome sur l’ensemble des trois semaines. Si le classement général final ne retint que sa huitième place, un calcul établi sur les seules étapes de contre-la-montre et de montagne le rehausserait néanmoins à la quatrième place. Il fut le quatrième plus performant sur les 65 kilomètres cumulés de contre-la-montre, à 2’30’’ seulement de Froome, derrière Contador (à 2’12’’) et Kreuziger (à 2’29’’), mais aussi le quatrième plus compétitif sur l’ensemble des six étapes de haute montagne, à 4’57’’ de Froome, derrière Quintana (à 39’’) et Rodríguez (à 2’15’’). C’est dire qu’il lui fallut faire preuve d’abnégation et de ténacité pour persister à courir avec les meilleurs après la chute libre dans le classement général qu’il effectua à Saint-Amand-Montrond. Au cours de la dernière semaine, il remonta patiemment de la seizième à la huitième place. Mais l’équipe Movistar trouva le gros lot de consolation en la personne de Quintana.



[1]Ce sont ses performances au fil des premières étapes difficiles qui firent de Mollema un prétendant au podium. Sans que ces prestations ne fussent une surprise, le Néerlandais n’avait pas été spécialement attendu à ce niveau. Lui et son équipier Laurens Ten Dam restèrent longtemps en lice pour le podium avant d’accuser le coup dans les derniers jours. Mollema se classa sixième de ce Tour.

[2]Après de très longues enquêtes, Valverde fut suspendu deux ans à compter du 1er janvier 2010 pour son implication dans l’affaire Puerto, qui éclata en 2006. Cette décision intervint très tardivement quand on sait que pour la même affaire Ivan Basso fut suspendu d’octobre 2006 à octobre 2008.

[3]Il se classa 2ème de l’Amstel Gold Race, 7ème de la Flèche wallonne et 3ème de Liège-Bastogne-Liège du côté des classiques. Quant aux courses à étapes, il remporta le Tour d’Andalousie, fut 9ème du Tour de Romandie et 7ème du Critérium du Dauphiné.