IX. La Sublime Dévastation

7. L'engourdissement de Contador

Pour avoir été le meilleur spécialiste des Grands Tours pendant un bon quinquennat, Alberto Contador fut longtemps regardé comme l’un des plus aptes à retourner les situations désespérées. Capable de coups d’orgueil et de renversements spectaculaires, comme sur le précédent Tour d’Espagne, l’Espagnol n’était pas dépourvu d’un certain sens épique. Vainqueur des trois Grands Tours existant dans le calendrier cycliste, Contador disposait d’une solide expérience dont Froome ne pouvait pas encore se vanter. Aussi, le coup de bordure de Saint-Amand-Montrond, orchestré par son équipe Saxo-Tinkoff, relança un peu du suspense que Froome avait désintégré dans la montée d’Ax-Trois-Domaines. Il est vrai qu’en reprenant 1’09’’ à son rival au prix d’une course folle, Contador laissa penser que d’autres exploits en montagne viendraient donner suite à ce coup fumant. Mais reprendre du temps dans la plaine n’implique pas d’en reprendre dans les cols. Cette belle offensive n’avait que permis d’oublier un instant l’infériorité incontestable de Contador en montagne.

 

Certains furent d’ailleurs tentés d’analyser ses performances comme une série de défaillances. Il est certain qu’au regard du niveau auquel il avait couru par exemple sur le Tour 2009, sa prestation d’ensemble fut relativement terne. Mais Contador jouit d’un tel prestige athlétique et concentre tant d’attention sur lui que tout échec de sa part est regardé comme un quasi naufrage. Tout simplement Contador évolua tout au long de ce Tour d’une façon constante et régulière, en deça du niveau requis pour jouer la victoire et même le podium, sans jamais se déshonorer pour autant ni manifester les signes d’une très grande difficulté. Huitième à Ax-Trois-Domaines, sixième au Ventoux, onzième à l’Alpe d’Huez, septième au Semnoz, il fut le cinquième coureur le plus compétitif sur l’ensemble des six étapes de montagne, avec 6’21’’ de retard cumulé sur Froome. Rien de calamiteux. Seulement, il maintint longuement l’illusion d’être le meilleur adversaire potentiel de Froome. C’est ce trop grand espoir placé à tort en Contador qui décuple chaque fois la déception que causent ces défaites et amplifie l’impression d’insuffisance. Plutôt que défaillant, il fut comme engourdi par rapport à ce qu’on attendait de lui, et peut-être même est-il vrai qu’il faille envisager la possibilité d’un déclin physique.

 

Contador manqua une belle occasion de panser un peu de son orgueil blessé dans la dix-septième étape. Le contre-la-montre Embrun-Chorges passant par les côtes de Puy-Sanières et de Réallon semblait à sa portée mais il commit l’erreur de ne pas troquer son vélo classique pour un vélo de contre-la-montre après le sommet de la dernière bosse. En tête à tous les pointages intermédiaires, l’Espagnol perdit son avantage dans la partie finale, très roulante, que Froome dévora d’une bouchée sur un vélo léger et profilé. Le classement donna raison au Britannique, qui choisit de perdre quelques secondes à changer de bicyclette pour en reprendre bien davantage sur les dix derniers kilomètres grâce au bénéfice apporté. Froome n’écrasa pas cette étape mais en la gagnant, il infligea une cuisante déception à Contador, deuxième à seulement 9’’. Comme prévu, ce chrono fut favorable aux grimpeurs. Rodríguez fut troisième à 10’’, devant Kreuziger à 23’’, Valverde à 30’’ et Quintana à 1’11’’. Des dix premiers au classement général final de ce Tour, huit se classèrent dans le top 10 de cette étape.