V. La polémique Froome

1. Comme un Froome qui se précise

C’est qu’il y enregistra le deuxième meilleur temps de l’étape, sur 41,5 kilomètres, à 35’’ de son leader Wiggins, et 22’’ devant le quadruple Champion du monde de la spécialité, Fabian Cancellara, lequel ne courait pas pour le classement général. Il fallait donc regarder le temps de Tejay Van Garderen, à 1’06’’, puis celui d’Evans, à 1’43’’, et encore celui de Nibali, à 2’07’’, pour mesurer l’étendue des écarts entre les deux hommes de la Sky d’une part et le reste de la concurrence d’autre part. En se positionnant si bien le surlendemain de sa victoire surprise à La Planche des Belles Filles, Froome provoqua d’inévitables interrogations sur ses capacités. Jusqu’où pourrait-il aller et résisterait-il à la haute montagne ? L’équipe de Dave Brailsford semblait bien détenir les deux meilleurs coureurs de ce début de Tour.

 

En vérité, Froome aurait même été deuxième à 42’’ de Wiggins au soir du contre-la-montre de Besançon, et non pas troisième à 2’07’’, s’il n’avait été frappé de crevaison dix kilomètres avant l’arrivée de la première étape, à l’approche de Sereing. Il avait perdu 1’25’’ dans l’incident, malgré l’aide apportée par Christian Knees et Richie Porte. Ce soutien qu’on lui avait dépêché en urgence était d’ailleurs le signe de l’attention particulière que lui accordait son directeur sportif, conscient qu’il tenait avec Froome une solution de secours au cas où Wiggins échouerait, pour une raison ou pour une autre, à mener à bien leur plan de victoire. Compte tenu des risques de chute qui s’accroissent à l’approche de l’arrivée, Sean Yates avait pris un certain risque, en décrochant deux équipiers pour le seul service de Froome. C’étaient deux équipiers en moins pour Wiggins, demeuré à l’avant.

 

Ce retard pris à Sereing fut en quelque sorte capital dans les comptes en fin de Tour, bien qu’on n’y prêtât aucune attention. Christopher Froome termina deuxième de ce Tour de France à 3’21’’ de son leader. Ce retard s’expliquait d’abord par les 35’’ perdues dans le contre-la-montre à Besançon, ajoutées à 1’16’’ perdues dans le contre-la-montre de Chartres et aux 9’’ perdues dans le prologue, soit un total de 2’00’’ concédées sur les seuls contre-la-montre, auxquelles il fallait encore ajouter 1’25’’ perdues sur crevaison le premier jour. En retirant les quatre secondes reprises pas Froome à La Planche des Belles Filles et à La Toussuire, le compte s’établissait bien à 3’21’’. Ainsi, en décomptant cette perte futile, c’est un retard de 1’56’’ que Froome aurait eu à assumer dans le classement final. Un écart évidemment suffisant pour attester la limpidité de la hiérarchie. À ceci près que, par son attitude, Froome rendit légitime la question suivante : si on l’y avait autorisé, aurait-il pu combler cet écart et remporter le Tour ? Autrement dit : Froome était-il meilleur que Wiggins ?