V. La polémique Froome

3. La réaction de Wiggins

Certains s’imaginèrent que Froome, rongeant son frein, avait voulu éprouver Wiggins et lui faire sentir qu’il était meilleur grimpeur que lui, voire que le Tour était à sa main. Son directeur sportif, Sean Yates, le rappela à l’ordre, en précisant qu’il n’avait pas été autorisé à attaquer avant les cinq cents derniers mètres de l’étape. Froome continua de plaider la bonne foi, allant jusqu’à dérouler un discours lénifiant mais cabotin de bon petit soldat : « Je dois aider Bradley, c’est la stratégie que nous avons définie et tout le monde la respecte. » Mal gré qu’il en eût, Wiggins nia toute désunion et affirma même qu’une attaque de Froome avait bien été prévue. Le clan fut parcouru de contradictions et la belle entente s’effrita.

 

Cette « maladresse » ouvrit les débats et remit en question l’autorité de Wiggins et l’unité de l’équipe Sky, qui se retrouvait manifestement avec un équipier jouant le classement général, chose impensable au temps de l’U.S. Postal de Lance Armstrong, dont chaque membre se dévouait entièrement à la cause de leur leader, fût-ce au sacrifice de leur propre carrière.

 

Le lendemain, entre Saint-Jean-de-Maurienne et Annonay-Davézieux, où David Millar l’emporta sur Jean-Christophe Péraud, Wiggins créa la surprise à son tour en se lançant seul à la poursuite de Jérôme Coppel et Christophe Kern au sommet du col du Granier, col a priori sans aucun danger pour la suite de la course, à plus de cent quarante kilomètres de l’arrivée. Cette sortie apparemment gratuite intervint comme une réponse à Froome, prié de jouer en sourdine. Même s’il affirma au contraire avoir voulu économiser ses équipiers en neutralisant la menace pourtant lointaine que représentait Coppel, 14ème du classement général, Wiggins ne put empêcher nombre d’observateurs de déceler un peu de provocation dans cet interventionnisme peu habituel. En interdisant lui-même à Coppel de s’échapper, il choisit de préserver l’aspect transitionnel de cette étape faite pour les baroudeurs et les coureurs très éloignés au classement général ; sans doute voulut-il montrer à tous en général, et à Froome en particulier, qu’il était bel et bien le patron, en plus d’être bienveillant à l’égard de ses équipiers. « Je voulais enlever un peu de pression à mes coéquipiers parce qu’ils avaient fait jusque-là un énorme travail », argumentait-il.