V. La polémique Froome

4. Wiggins le bienveillant

Wiggins trouva d’autres occasions de montrer son ego et d’exhiber sa prétendue confiance, par exemple en se chargeant, en personne, d’emmener le sprint à son équipier Edvald Boasson Hagen dans le final de la treizième étape, Saint-Paul-Trois-Châteaux – Le Cap d’Agde. Planté à vingt-cinq kilomètres de l’arrivée, le mont Saint-Clair élimina en effet Mark Cavendish du peloton de tête, mais l’équipe Sky tenait en Boasson Hagen un homme assez complet pour dominer au sprint la petite cinquantaine de coureurs encore en lice. On put même redouter, de la part de Wiggins, qu’il refît le coup de La Chaux de Fonds, au Tour de Romandie, où il s’était imposé à la surprise générale dans une semblable configuration, en faisant valoir ses talents d’ex-poursuiteur. Mais il témoigna plutôt sa reconnaissance à Boasson Hagen pour son dévouement maintes fois démontré, bien qu’il préférât déclarer qu’il avait roulé en tête pour éviter les chutes. Le sprint échappa cependant à son équipier norvégien, qui dut reconnaître la supériorité de l’Allemand André Greipel, déjà vainqueur à Rouen et à Saint-Quentin.

 

On vit encore Wiggins accorder ses bonnes grâces à Mark Cavendish à Brive-la-Gaillarde (dix-huitième étape) puis sur les Champs-Élysées (vingtième étape) dans le tout dernier kilomètre du Tour, en lui emmenant le sprint lui-même, avec réussite. Ainsi remercia-t-il son sprinteur-maison des sacrifices consentis et de la patience dont il fit preuve tout au long du Tour. Cavendish put repartir avec trois victoires d’étape, et avec la garantie d’être secondé par Wiggins et Froome en personne sur la course en ligne des Jeux Olympiques de Londres. Ce fut du reste la quatrième fois consécutive qu’il remporta l’étape des Champs-Élysées.

 

En outre, un incident, une manière d’attentat plutôt, survenu dans la quatorzième étape, entre Limoux et Foix, dans le difficile mur de Péguère, donna encore le beau rôle à Wiggins. Des clous de tapissier furent dispersés au sommet du col et dans sa descente, ce qui fit de cette étape un jour faste pour les fabricants de pneumatiques. Des dizaines de coureurs crevèrent, mais aussi des motos et des voitures, et ce fut un miracle si l’affaire ne tourna pas au drame. Victime d’une chute au beau milieu de cette avalanche de crevaisons, le Croate Robert Kišerlovski fut tout de même contraint d’abandonner. Ayant percé son pneu trois fois, Cadel Evans perdit un temps fou sur le groupe du Maillot jaune. L’Australien dut attendre d’être dépanné au sommet du mur de Péguère pendant quatre-vingt-dix interminables secondes, l’étroitesse de la route rendant le passage des voitures presque impossible. C’est son équipier Amaël Moinard qui lui fit don de sa roue arrière, Marcus Burghardt ayant lui aussi crevé. Informé de la situation, et voyant les membres de son groupe crever à leur tour, Wiggins décréta raisonnablement un temps mort et ordonna que l’on attendît Evans, lequel put revenir et remercier l’équipe Sky en passant pour leur geste appréciable mais logique.