VII. Le pacte mort-né

1. La promesse inconstante

Une fois l’objectif du Tour atteint, il ne perçut peut-être pas à quel point l’engageait la promesse faite à Froome d’inverser les rôles en 2013. Dans son esprit, sans doute tournait-il une page, comme s’il pouvait désormais passer à autre chose et rendre le Tour aux autres. Ce pseudo-pacte était vraisemblablement aussi le moyen de tempérer la véhémence de son équipier en lui donnant des motifs de patienter. Il trahissait possiblement la crainte qui s’était emparée de lui, quelque part entre Alpes et Pyrénées, de voir l’insoumission de Froome mettre à sac sa destinée.

 

En octobre 2012, lors de la présentation officielle du Tour 2013, il confirma sa promesse d’y courir au service de Froome et laissa ce dernier revendiquer, du bout des lèvres, un statut de leader. « Je voulais gagner le Tour une fois. Maintenant je veux gagner le Giro », disait-il, indiquant ses nouveaux plans de carrière. Il est vrai que le tracé du Tour 2013 favorisait plus nettement les grimpeurs que le précédent et ne présentait pas les avantages qui lui avaient permis de triompher cette année. Conscient de la gageure que représenterait une nouvelle tentative de succès, Wiggins choisit peut-être ainsi de se dégager de la pression médiatique qu’un tel pari lui aurait valu. Si cette déclaration allait dans le sens des garanties apportées à Froome en juillet, il n’en était pas moins insolite qu’un vainqueur tout frais du Tour s’en détourne aussitôt pour d’autres objectifs. Il avait beau invoquer son sens de l’histoire du cyclisme pour justifer cette nouvelle appétence pour le Giro, le Tour de France est la course la plus convoitée du monde qui exige qu’on n’abandonne pas ses efforts de séduction quand on vient d’obtenir ses faveurs pour la toute première fois.

 

Mais Wiggins semblait honnête en proposant ses services à Froome. Toutefois, il ne se trouvait pas grand-monde pour croire encore à l’amitié entre les deux équipiers. Elle était bien loin, la franche accolade de La Planche des Belles Filles. Comment Wiggins pourrait-il loyalement servir celui qui avait si bien œuvré à le déstabiliser ? La cohabitation renouvelée des deux hommes au sein de Sky laissait présager une funeste inimitié.

 

La surprise n’ébranla pas le milieu du cyclisme lorsque le pacte fut ébréché avant même le début de l’année 2013. En décembre, Wiggins se dédit en effet et annonça publiquement vouloir défendre son titre, sans renoncer à ses ambitions sur le Giro : il visait tout bonnement le doublé Giro-Tour, une rareté plus vue depuis Marco Pantani en 1998, ratée par Alberto Contador lui-même en 2011. Il semblait à Wiggins qu’il disposait du statut requis pour se permettre de telles exigences. Peu lui importait de fouler au pied les promesses que son équipe avait formulées auprès de Froome. Aussi se défaussa-t-il sur le manager, auquel il réservait la responsabilité de démêler l’imbroglio de leurs aspirations contradictoires : « J’imagine que nous aurons deux leaders, déclarait-il. Comment cela sa passera-t-il au sein de l’équipe ? Je n’en sais rien. C’est surtout le problème de Dave Brailsford. C’est à lui de voir ça. Mais mon objectif, c’est de gagner le Tour l’année prochaine. »