VII. Le pacte mort-né

3. Comme un début de lassitude

Réputé pour son humour sophistiqué, souvent caustique, alternant parfois avec des jurons subtilement inopportuns, volontiers goguenard, Bradley Wiggins n’avait pas totalement perdu ce trait-là de son caractère en menant sa vie austère et monacale au sein de l’équipe Sky. Pourtant il était apparu pendant le Tour moins avenant qu’à l’accoutumée. Il affichait une mine particulièrement concentrée, se montrait peu loquace, moins engageant et moins souriant que d’ordinaire, rechignant souvent à s’exprimer en français, moyennement disponible pour la presse et pour les spectateurs. Les relations tendues avec Froome y étaient peut-être pour quelque chose, moins toutefois que les questions récurrentes qu’on lui posait à propos du dopage. Depuis des années, les vainqueurs du Tour sont l’objet de la même défiance, a fortiori un garçon comme Wiggins qui a opéré une manière de mutation de carrière en passant de la piste à la montagne. La grande suspicion qui l’avait suivi pendant trois semaines l’avait prodigieusement agacé. Plus généralement s’était-il probablement entouré d’une muraille destinée à le préserver du stress ambiant et de la pression médiatique, si près de la réalisation de l’objectif suprême.

 

Quelques semaines avant de revenir sur sa promesse d’aider Froome à gagner le Tour 2013, d’autres signes traduisirent une certaine nervosité du côté de Wiggins, ou du moins une forme de lasse exaspération. Brièvement hospitalisé après avoir été accroché par une voiture alors qu’il circulait à vélo dans une ville anglaise, le Londonien tout encapuchonné accueillit les journalistes à sa sortie d’un doigt d’honneur qui ne passa pas inaperçu dans la presse. Un geste propre à choquer le public anglais, venant d’un médaillé olympique, qui avait eu l’honneur de rapporter à l’Angleterre son premier Maillot jaune.

 

Il est possible que Wiggins perçût avec dépit la confiance grandissante que plaçait spontanément le public en Froome à la suite du Tour et la légitimité que l’équipe Sky était tentée de lui accorder. Dans l’autobiographie qu’il fit publier en anglais en novembre 2012[1], il évoqua le comportement de Froome pendant le Tour, critiquant sa naïveté sur le plan tactique.



[1]Bradley Wiggins, My Time, Yellow Jersey Press.