VIII. Le nécessaire affranchissement de Mr Froome

1. L'appétit vient en Oman

Depuis 2010 se dispute dans le Sultanat du même nom le Tour d’Oman, sous l’égide d’Amaury Sport Organisation, qui détient aussi le Tour de France[1]. Se traçant un chemin ne passant que par les courses organisées par A.S.O., comme Wiggins l’année précédente, Froome y lança son entreprise de Sublime Dévastation par laquelle seraient broyés tous ses adversaires au cours de cette année impériale. Il débarqua en Oman avec ses fidèles Richie Porte et Peter Kennaugh, mais aussi avec un certain… Bradley Wiggins, qu’il n’aurait plus à côtoyer par la suite. Il exploita les larges routes omanies, parfaitement asphaltées et totalement dépourvues de spectateurs, pour terminer premier du classement général devant Alberto Contador (Saxo-Tinkoff), à 27’’, et Cadel Evans (BMC Racing), à 50’’, deux anciens vainqueurs du Tour de France. À la quatrième place figurait Joaquim Rodríguez (Katioucha), qui serait amené à devenir l’un de ses principaux challengers sur le Tour, et qui remporta lui aussi l’une des étapes de ce Tour d’Oman, quelques longueurs devant Froome. C’est d’ailleurs cette arrivée qui détermina la victoire finale du Britannique, ce qui ne l’empêcha pas de gagner l’étape du lendemain devant Contador et le même Rodríguez. Passé de l’équipe italienne Liquigas-Cannondale à la kazakhe Astana, le troisième du Tour de France 2012, Nibali, resta en léger retrait, septième au classement général. Quant à lui, en parfait anonyme, Wiggins se classa 74ème de ce Tour d’Oman, à 22’46’’ de son coéquipier.

 

Alberto Contador était revenu à la compétition en août 2012, après avoir purgé sa suspension. Ce retour n’avait rien d’anodin puisque, entre 2007 et 2012 inclus, l’Espagnol ne fut jamais battu qu’une seule fois sur Grand Tour. Il termina en effet cinquième du Tour de France 2011, fatigué d’un Tour d’Italie remporté avec brio. Quant à ses disqualifications du Tour de France 2010 et de ce Giro 2011, en raison du contrôle positif au clembutérol qui lui valut sa suspension de deux ans, elles ne pouvaient être regardées comme des défaites athlétiques[2].

 

Par conséquent, si le Tour 2012 s’était couru sans Contador, en revanche la présence de l’Espagnol en 2013 modifiait quelque peu les données. Son retour sur la scène des grandes courses à étapes fut particulièrement réussi puisque, quelques mois avant ce Tour d’Oman, il remporta le Tour d’Espagne à peine rentré de sa suspension, à l’automne 2012.



[1]Ainsi que Paris-Nice, le Critérium International, le Critérium du Dauphiné, , Paris-Roubaix, la Flèche wallonne, Liège-Bastogne-Liège, Paris-Tours (liste non exhaustive). Depuis 2008, ASO détient aussi la moitié des parts d’Unipublic, l’organisateur du Tour d’Espagne.

[2]Entre 2007 et 2012 inclus, Contador gagna au moins un Grand Tour chaque année. Il remporta le Tour en 2007 et en 2009, réalisa le doublé Giro-Vuelta en 2008, et remporta la Vuelta 2012 à son retour de suspension. Il faut y ajouter le Tour 2010 et le Giro 2011 qui lui furent retirées à titre rétroactif.