VIII. Le nécessaire affranchissement de Mr Froome

2. Nibali conteste Froome à Porto Sant'Elpidio

Christopher Froome connut son seul échec, relatif, à Tirreno-Adriatico, la sœur ennemie de Paris-Nice, qui offrit un spectacle de haut niveau grâce à son plateau très relevé. Le Britannique y retrouva en effet ses adversaires du Tour d’Oman, Contador, Nibali, Rodríguez, qu’il attaqua dans le dernier kilomètre de l’étape reine de la Course des deux mers, dans les Abbruzzes enneigées, à Prati di Tivo. Il y devança Mauro Santambrogio de 6’’, Nibali de 11’’, Contador de 15’’, et n’eut plus qu’à prendre au jeune Polonais Michał Kwiatkowski le Maillot bleu de leader le lendemain dans les rues de Chieti, où triompha Joaquim Rodríguez au sommet d’une pente abrupte comme Tirreno-Adriatico sait en proposer. Au soir de cette cinquième étape, il disposait de 20’’ d’avance sur Contador et Nibali, un écart suffisant avant le contre-la-montre de San Benedetto del Tronto, couru le dernier jour sur 9,2 kilomètres.

 

Mais c’était sans compter sur la hargne et la détermination de Vincenzo Nibali, le tenant du titre, bien décidé à tenir la dragée haute à Froome sur le terrain des courses à étapes. Il exploita le profil redoutablement dentelé de la sixième étape pour renverser l’Anglais. Parti dans la dernière descente de l’horrifique Muro di Sant’Elpidio, escaladé à répétition avec ses passages à 27% qui mettent les coureurs à l’arrêt, le « Squale de Messine » trouva en Peter Sagan un merveilleux allié. Les deux hommes se connaissent bien puisque l’Italien fut l’équipier du génie slovaque lorsqu’il était à la Liquigas. Au sommet de ce raidard à vous tronçonner les cuisses, Froome sentit la course lui échapper. Dans la bosse suivante, moins abrupte mais très coriace, il se retrouva sans équipier pour entreprendre la poursuite sur Sagan et Nibali, sur lesquels revint Rodríguez. Ces trois hommes franchirent la ligne d’arrivée dans cet ordre, 44’’ avant le groupe comportant Alberto Contador et Samuel Sánchez - lequel avait un moment accompagné Sagan et Nibali avant de troquer sa place avec Rodríguez.

 

Froome ne se retrouva que dans un troisième groupe, arrivé 50’’ après Nibali, sous les orages qui détrempèrent la course tout au long de la semaine. L’Italien de l’équipe Astana retourna le classement général à son profit, avec 34’’ d’avance sur le Britannique, un écart que les 9,2 kilomètres du contre-la-montre ne purent suffire à compenser. Froome termina sixième de cette dernière étape, à 15’’ de l’inévitable Tony Martin, et 11’’ devant Nibali. Le classement général final se dotait d’un quinté royal avec, dans l’ordre, Nibali, Froome, Contador, le jeune espoir Kwiatkowski et Rodríguez.

 

Nibali mettrait ensuite la priorité sur le Tour d’Italie, qu’il remporterait par K.O., et ferait ainsi l’impasse sur le Tour de France, se réservant pour le Tour d’Espagne et les Championnats du monde. Froome n’aurait ainsi plus à le rencontrer dans la perspective du Tour.