VIII. Le nécessaire affranchissement de Mr Froome

3. Froome-Porte, les débuts d'un duo de choc

Froome composa avec son équipier Richie Porte un duo infernal à partir du Critérium international, en Corse, qu’il remporta grâce au col de l’Ospedale. Richie Porte venait de dominer Paris-Nice, en gagnant au sommet de la Montagne de Lure puis le contre-la-montre du col d’Èze. Un peu en latence depuis la septième place qui l’avait révélé au Tour d’Italie 2010, L’Australien de Tasmanie prenait ainsi une nouvelle dimension sur la scène internationale. Excellent rouleur et grimpeur très efficace, Porte s’installait plus sûrement dans une hiérarchie intermédiaire, celle des équipiers de luxe susceptibles de se substituer aux leaders. Sur ce Critérium international, encore auréolé de son prestigieux succès à Paris-Nice, il prit le Maillot jaune en remportant le contre-la-montre de Porto-Vecchio, où Froome se classa quatrième à 2’’. L’après-midi, Froome lui reprit l’avantage dans la course de côte en partant pour une victoire en solitaire au sommet, et dans le brouillard. À force de faire le rythme et de l’emmener dans son sillage, il l’en décolla en effet pour s’imposer avec 30’’ d’avance sur lui et 45’’ sur leurs principaux rivaux. Ils prirent ainsi les deux premières places du classement général final et montrèrent au reste du peloton l’étendue de leur supériorté. Ce ne serait pas la dernière fois que les deux coéquipiers de la Sky exhiberaient leur force de frappe. Au Critérium du Dauphiné, ils rouleraient de concert et Porte confirmerait son dévouement à Froome. Séparés de presque quinze centimètres, les deux hommes présentaient deux silhouettes, deux visages, deux caractères assez bien opposés. Le grand Froome impassible et tout lisse se laissait seconder par le petit Porte au nez froncé. Leur partenariat sur le vélo atteindrait son apogée lors du Tour de France, quand tous leurs efforts de la saison atteindraient leur splendide aboutissement dans la montée d’Ax-Trois-Domaines. Les deux comparses y assècheraient l’adversité, sans que l’on pût jamais déceler la moindre concurrence interne semblable à celle qui avait opposé Froome à Wiggins. Pour redoutable qu’il fût, Porte savait ne rien pouvoir opposer de tangible à son leader. Froome avait au moins cet avantage d’être incontestablement supérieur en montagne.