VIII. Le nécessaire affranchissement de Mr Froome

4. La Romandie de bout en bout

Après la classique Liège-Bastogne-Liège, où Froome se classa 36ème à 1’14’’ de l’Irlandais Daniel Martin[1] (Garmin-Sharp), Richie Porte apporta son soutien à son leader dans l’étape reine du Tour de Romandie, entre Marly et Les Diablerets. Mais Froome n’eut pas besoin de lui bien longtemps, se libérant de tout renfort et partant seul à la poursuite du Slovène Simon Špilak dans la dernière ascension, Maillot jaune sur le dos. Réunis, les deux hommes dominèrent le reste des favoris sous la pluie et dans un brouillard froid. Christopher Froome ne disputa pas le sprint à Špilak, lequel devint son nouveau dauphin, et consolida la première place au classement général qu’il occupait depuis le prologue.

 

Bien qu’il fût excellent rouleur, ce prologue constitua d’ailleurs la première victoire contre-la-montre de Froome à ce niveau. Il profita de son tracé en pente pour y soumettre le jeune Américain Andrew Talansky (Garmin-Sharp) et le Croate Robert Kišerlovsli. Mais les 6’’ d’avance qu’il y acquit ne lui semblèrent pas suffisantes pour affirmer sa domination. Aussi se fit-il un point d’honneur de les convertir aux Diablerets en 47’’ d’avance sur Špilak. Tous les autres concurrents furent rejetés à plus de 1’20’’. Froome succéda ainsi à Bradley Wiggins, qu’il évacuait insidieusement du paysage cycliste, habituant les esprits à sa prééminence et à la nécessité de le désigner leader sur le Tour de France. C’est qu’à ce moment-là de la saison, Wiggins n’avait pas encore déclaré forfait pour le Tour et entérinait même sa candidature au doublé Giro-Tour. Il s’apprêtait à prendre le départ du Tour d’Italie, où Nibali l’attendait de pied ferme, déterminé à le mater en son pays. Le « Squale » n’aurait pas à se faire violence puisque Wiggins, on l’a vu, irait de Charybde en Scylla. Transi, tétanisé, hagard dans les descentes, le frère ennemi de Froome laisserait sur la route détrempée de Trévise ses dernières chimères. Bientôt il reconnaîtrait publiquement la légitimité de son équipier-rival.



[1]On le verrait triompher à Bagnères-de-Bigorre dans le Tour de France, le lendemain de l’écrsante victoire de Froome à Ax-Trois-Domaines.