VIII. Le nécessaire affranchissement de Mr Froome

5. Dernière mise au point avant le Tour

C’est donc libéré du cas Wiggins que Froome se présenta au départ du Critérium du Dauphiné le 2 juin, deux jours après l’annonce officielle de son forfait pour le Tour. En public, Froome ne pouvait évidemment que déplorer cette absence. Sur le plan sportif et émotionnel, malgré toute l’assurance dont il pouvait faire preuve, il ne pouvait que s’en trouver soulagé, alors qu’il lui fallait désormais affronter Alberto Contador sur le Dauphiné. L’Espagnol était unanimement considéré comme son principal rival en vue du Tour et dans le jeu récurrent qui consiste à prédire des duels pour juillet, nombre d’observateurs se régalaient à pronostiquer un combat exceptionnel entre les deux hommes. Mais il fallait aussi tenir compte des aspirations de Joaquim Rodríguez ou d’Alejandro Valverde.

 

Armé de cette nouvelle sérénité, Froome réalisa comme attendu un excellent contre-la-montre à Villard-les-Dombes, dans l’Ain, sur une distance identique à celle du contre-la-montre qui se courrait autour du Mont-Saint-Michel pendant le Tour. Il s’inclina naturellement devant l’incontestable expertise de Tony Martin (Omega Pharma – Quick Step), qui le battrait aussi dans l’étape jumelle de juillet, et dut laisser le jeune Australien Rohan Dennis (Garmin-Sharp), totalement inattendu, s’intercaler entre eux deux. Dennis s’offrit même le luxe de priver Froome du Maillot jaune pour 5’’. Comme d’habitude, les 52’’ de retard de Froome sur Tony Martin n’avaient aucune importance dans la course au classement général, l’Allemand n’étant toujours pas apte à surmonter les obstacles montagneux. En revanche, Alberto Contador subit un revers spectaculaire en se classant 61ème à 3’37’’ ! 

 

Idéalement placé après cette quatrième étape, Froome confirma à Valmorel, dès le lendemain, qu’il était du genre à maçonner ses victoires sur tous les terrains, spécialement en montagne. Il l’emporta seul au sommet avec quelques longueurs d’avance sur un Contador retrouvé mais impuissant, et s’empara définitivement du Maillot jaune. Cette ascension permit à Richie Porte, septième du contre-la-montre de Villard-les-Dombes, de remonter à la deuxième place du classement général, derrière son leader.

 

Le duo de choc passa à l’offensive le dernier jour dans la montée finale vers Risoul. Désireux d’offrir la victoire d’étape à son fidèle lieutenant, Froome asphyxia l’adversité, condamnant même son ancien équipier, Michael Rogers, passé au service de Contador chez Saxo-Tinkoff, et emmena Porte à la poursuite de l’échappé italien Alessandro De Marchi. Mué en équipier de luxe, le Maillot jaune en personne se démena pour l’Australien, se tournant sans cesse vers lui pour s’assurer de sa présence, de ce même mouvement ostensible et naïf qu’il avait rendu célèbre en lâchant Wiggins à La Touissure puis à Peyragudes dans le Tour 2012. Mais Porte était un ton en-dessous et Froome, qui n’avait plus rien à gagner, ne chercha pas à le lâcher. De Marchi préserva une avance suffisante pour s’imposer au sommet et le duo de la Sky ne vit revenir sur lui que l’Américain Talansky, auquel Froome disputa la deuxième place de l’étape. Quant à lui, n’ayant plus de place à défendre au classement général, Contador se sacrifia pour Michael Rogers, qui rétograda de la troisième à la sixième place.