VIII. Le nécessaire affranchissement de Mr Froome

6. L'archi-favori

Avec cette victoire impressionnante au Critérium du Dauphiné, où il succéda à Bradley Wiggins comme au Tour de Romandie, Froome se positionna logiquement en archi-favori du Tour. Rarement un coureur fut placé si haut dans les pronostics. En un printemps, il imposa son style d’une manière plus magistrale encore que ne le fit Wiggins en 2012. C’est que, contrairement au Londonien qui défendait en montagne ce qu’il avait acquis dans les contre-la-montre, Froome s’appuyait sur les contre-la-montre pour matraquer les montagnes. Sa supériorité dans les cols ne laissait guère d’espoirs aux autres quand les facultés de Wiggins, moins naturelles dans les pentes, laissaient toujours planer un doute. Ses coups de poing dans le col de l’Ospedale, aux Diablerets, à Valmorel firent de Froome l’indiscutable champion des courses à étapes, et le centième Tour de France lui sembla comme acquis par avance. Wiggins était oublié. À l’Anglais caustique et flegmatique se substituait un autre Anglais, toujours égal et tout laqué, au sourire immuable et doux. Le public du Tour de France allait devoir s’habituer à ce visage presque poupon, à son cheveu ras et à ses golfes dégarnis.

 

Mais pour préparer Froome à être leader sur le Tour, une position inédite pour lui, l’équipe Sky l’avait judicieusement mis à l’épreuve sur le Tour d’Espagne 2012, en l’absence de Wiggins. Les deux hommes venaient de dominer le Tour de France, les dirigeants de l’équipe avaient promis à Froome de favoriser sa victoire en 2013 et Wiggins en était encore à s’aligner sur cette tactique. Malgré le revirement prévisible de ce dernier, les managers de Sky avaient bien deviné que Froome offrait les meilleures garanties. De toute façon, il n’y avait rien à perdre et, au contraire, tout à gagner, à familiariser Froome au statut de leader unique sur une épreuve de trois semaines.

 

Investi des pleins pouvoirs, Froome eut trois Espagnols pour adversaires, Alejandro Valverde (Movistar), Joaquim Rodríguez (Katioucha) et Alberto Contador (Saxo Bank – Tinkoff Bank), fraîchement revenu de sa suspension. Il eut le loisir aussi de s’habituer à la direction de Nicolas Portal, ancien coureur passé dans l’encadrement de Sky à la fin de sa carrière en 2010. Le staff de l’équipe ayant subi des modifications importantes après le Tour, avec le départ énigmatique de Sean Yates et la démission forcée de Bobby Julich, Portal se vit attribuer la charge de diriger Froome dorénavant, et de le conduire au Tour.