VIII. Le nécessaire affranchissement de Mr Froome

7. Un test grandeur nature

Conscient de sa nouvelle stature, Froome pressentait sûrement que les mois suivants, que la saison suivante, l’entraîneraient vers les sommets de la gloire cycliste. Il afficha l’ambition de remporter cette Vuelta. Il avait terminé deuxième des deux derniers Grands Tours auxquels il avait participé. Deuxième de la Vuelta précédente, derrière Juan José Cobo, retourné depuis dans les marécages de l’anonymat, et deuxième du Tour à peine fini, derrière Wiggins. Et dans les deux cas, il avait été permis de le percevoir comme le meilleur, si bien que certains le tenaient même pour le vainqueur moral de chacune de ces deux épreuves. Aussi pécha-t-il probablement par excès de confiance. Car tout Froome qu’il était, la réalité sportive le soumettait à la même vérité physiologique que tous les champions, selon laquelle il est à peu près illusoire de pouvoir évoluer à son meilleur niveau sur deux Grands Tours immédiatement consécutifs dans le calendrier d’une même année – c’est-à-dire dans le cas d’un enchaînement Giro-Tour, ou bien Tour-Vuelta[1]. C’est cette même logique qui rend ces deux doublés extrêmement rares, voire impossibles, au cours d’une même saison[2]. Le doublé Giro-Vuelta, réussi par Contador en 2008, est désormais réputé plus accessible en raison des trois mois qui séparent les deux courses. La présence, sur cette Vuelta, de champions en très grande forme obligerait Froome à se maintenir à très haut niveau. Contador n’y serait certainement pas pour faire de la figuration. Monté en puissance en fin de Tour, où justement il n’avait pas couru à son meilleur niveau, Valverde atteignait en septembre son pic de forme. Quant à lui, Rodríguez avait terminé deuxième du Tour d’Italie, dépossédé du Maillot rose le tout dernier jour, à Milan, par le Canadien Ryder Hesjedal. Vaincu pour 16’’, il avait reporté ses ambitions sur ce Tour d’Espagne.



[1]Jusqu’en 1994, le Tour d’Espagne se courut au printemps, en avril-mai. L’ordre des Grands Tours dans la saison était donc le suivant : Vuelta – Giro – Tour. De plus, le Giro s’élançait généralement quelques jours seulement après l’arrivée de la Vuelta, ce qui rendait le doublé Vuelta-Giro pratiquement impossible. Pourtant Eddy Merckx et Giovanni Battaglin le réalisèrent, respectivement en 1973 et 1981. Depuis 1995, la Vuelta se court en dernier, en août-septembre.

[2]Jacques Anquetil et Bernard Hinault réalisèrent le doublé Vuelta-Tour, respectivement en 1963 et 1978. À cette époque, la Vuelta se disputait en premier dans la saison (voir note précédente). Depuis le déplacement de la Vuelta en fin de saison, personne n’a encore accompli le doublé gagnant Tour-Vuelta. En revanche, le doublé Giro-Tour, bien que spécialement difficile, a été réalisé par sept coureurs, dont deux fois par Fausto Coppi, Bernard Hinault et Miguel Indurain, et trois fois par Eddy Merckx. Depuis1998, personne n’y est plus parvenu.