XI. L'avenir irréconciliable (ou pas) de Froome et Wiggins

1. La guerre des Sky n'a pas eu lieu

On a pu comparer les rapports entre Wiggins et Froome sur le Tour 2012 avec les rapports HinaultLeMond sur les Tours 1985 et 1986. Cette analogie évidente et logique a toutefois cessé d’être valable le 31 mai 2012 lorsque « Wiggo » a annoncé son forfait pour le Tour de France dont il était pourtant le vainqueur sortant. Vainqueur en 1985 malgré les ambitions réprimées de son fougueux équipier Greg LeMond, Bernard Hinault revint l’année suivante, officiellement pour honorer la promesse qu’il avait formulée, d’aider LeMond à gagner le Tour en remerciement de ses services, officieusement pour défendre son titre. On sait combien il vendit chèrement sa peau, cédant bien tard le droit à LeMond de lui succéder.

 

Or Wiggins n’est finalement pas revenu, résolvant ainsi le problème du leadership. Froome a eu les pieds libres et s’est proprement affranchi de l’encombrant ascendant dont Wiggins bénéficiait en raison de son palmarès. Leur manager Dave Brailsford fut ainsi dispensé de devoir trancher en faveur de l’un ou de l’autre, chacun sachant que sa préférence stratégique serait logiquement allée à Froome. Mais comment savoir de quelle manière se serait comporté Wiggins s’il s’était présenté à Porto-Vecchio, au départ du Tour 2013 ? Aurait-il seulement accepté de se mettre au service de ce fidèle insoumis de Froome, qui l’avait épaulé en faisant preuve d’autant de loyauté que d’ambiguïté ? Il doit être bien difficile pour un vainqueur du Tour de renoncer à ses chances et de servir un faux ami. On se figure mal Wiggins se dévouant pour celui qui l’avait humilié ou presque à La Toussuire puis à Peyragudes.

 

D’autant plus qu’à défaut d’être revenu sur le Tour, il était quand même revenu sur sa promesse. À une époque où il s’imaginait encore prendre part à la course, il avait fait fi des serments et clamé son intention de gagner un deuxième Tour. Certains se seraient sans doute régalés de cette concurrence spectaculaire et avouée entre deux équipiers sur la plus grande course cycliste du monde. Dommage pour eux, l’absence de Wiggins a déjoué leurs espoirs. Mais aurait-il eu la moindre chance de concourir pour la victoire ? Il n’est pas certain qu’il aurait pu sastifaire à ses aspirations, pourtant légitimes.