XI. L'avenir irréconciliable (ou pas) de Froome et Wiggins

2. Wiggins, l'homme d'un seul Tour?

Le Tour 2012 achevé, les observateurs se sont interrogés sur la capacité de Wiggins à renouveler sa performance. À 32 ans, il a profité d’une convergence de paramètres favorables pour atteindre le sommet de sa carrière. Toutefois, ses chances d’être à nouveau l’homme de la situation s’amenuisent désormais gravement. Non seulement il n’a plus vraiment l’âge pour ouvrir une série de victoires similaires mais il ne rencontrera peut-être pas souvent de circonstances aussi propices à l’expression de ses qualités. Au même âge, Bernard Hinault était déjà retraité, Jacques Anquetil, Eddy Merckx et Miguel Indurain avaient déjà tous achevé leurs séries de cinq Tours depuis au moins un an, et Lance Armstrong en était à son sixième Tour d’affilée. Alberto Contador lui-même a gagné son premier Tour à moins de 25 ans. Quant aux conditions de sa réussite, il a profité d’un parcours idéalement conçu pour lui, avec un gros kilométrage en contre-la-montre individuel, et d’un contexte international favorable. En effet, l’absence de Contador et d’Andy Schleck a nettoyé considérablement le terrain de la concurrence.

 

Sa victoire n’est pas pour autant à dévaluer. On a vu qu’il lui a fallu être plus compétitif en montagne que ce qu’on a bien pu laisser entendre. Certes il n’a pas gagné d’étape en ligne, ni n’a jamais essayé de marquer les grands cols de son empreinte, mais sa stratégie défensive a fait de lui le plus régulier avec Froome sur l’ensemble des étapes de haute montagne. Peu lui importait d’éclabousser la course d’un panache inutile, seule la victoire finale comptait. Wiggins a couru en comptable, c’est-à-dire en protégeant à haute altitude le capital qu’il s’est constitué dans les contre-la-montre en plaine. Évidemment, ce n’est pas une attitude adorée du public, qui préfère aux rouleurs gestionnaires la fougue des grimpeurs ou du moins le tempérament plus démonstratif des champions qui vont chercher dans les cimes de quoi consolider leurs succès. Les victoires à la Wiggins ne sont pas de celles qui entrent volontiers dans la légende cycliste. On leur associe une certaine monotonie incompatible avec les exigences du public.

 

Wiggins a été comparé à Miguel Indurain dans sa manière de gérer son Tour. Il y avait quelque chose en effet de l’Espagnol, toute proportion gardée. Indurain survolait souvent les contre-la-montre à des vitesses que même Wiggins n’aurait peut-être pas su atteindre. Et s’il est vrai qu’il s’est dispensé presque méthodiquement de gagner des étapes en ligne pendant toute la durée de son quinquennat, il a néanmoins remporté une étape de montagne sur chacun des deux Tours précédant le début de son règne, en 1989 et 1990. Et puis il avait 27 ans quand il s’est imposé pour la première fois.